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BRĖVE HISTOIRE DE LA SECURITATE. Quelques aspects

Septembrie 24, 2013

Bucarest, février-mars 2001

      le 8 août 2003

BRĖVE HISTOIRE DE LA SECURITATE[1]

Quelques aspects

A la fin de la deuxième guerre mondiale, les services secrets de Roumanie étaient : la Sûreté – le service secret interne, le Service spécial d’informations (SSI) – le service secret externe et la 2ème Section du Grand état majeur de l’Armée – le service secret militaire. Toutes ces structures informatives ont continué fonctionner après le 23 août 1944 – la date de la sortie de la Roumanie de son alliance avec l’Allemagne nazie – avec le même personnel ; c’est seulement leurs chefs qui ont été remplacés.

Infiltration des anciens services secrets et la purge du personnel

L’infiltration des structures informatives par le Parti communiste de Roumanie[2], a commencé juste après le 23 août 1944, et à cette opération étaient utilisées les « gardes patriotiques », unités paramilitaires du Parti instruites par l’NKVD[3]. Leur bolchevisation s’accentuait suite à l’installation au pouvoir par Andreï Vychinski – l’envoyé de Staline – du gouvernement Petru Groza, le 6 mars 1945. Après cette date, le Roi Michel, qui contrôlait jusqu’alors les services informatifs, n’a pas pu compter sur aucune d’entre elles. Le PCR a pris leur commandement à travers Emil Bodnăraş, formellement secrétaire général du président du Conseil des ministres, chargé les surveiller, à base de l’ordre signé le 27 avril 1945 par le premier ministre Groza, et à travers Teohari Georgescu, le ministre de l’Intérieur en fonction. D’ici avant, aux services secrets sont employés seulement des communistes, et le contrôle de ces institutions est complètement transféré du Palais Royal au PCR[4].

Le projet de Moscou et du Parti supposait, ensuite, la purge des anciens cadres de la Police, de la Sûreté, du SSI, de l’Armée et de l’administration publique, étant donné que ces institutions étaient liés, « par leurs conceptions et [par] leur position social-économique », de l’Ancien régime. Ces « éléments hostiles au régime démocrate-populaire, celles qui se sont compromis par leur activité haineuse contre le mouvement ouvrier » vont être remplacées par des « communistes à vaste activité révolutionnaire, trempés dans la lutte avec l’ennemi de classe aux années terribles de l’illégalité »[5].

L’infiltration et la monopolisation des services secrets roumaines par le KGB, à travers la purge de leurs anciens employés, a été un des principales objectives de l’occupation soviétique, action déployée sous la couverture de l’application des prévoyances de la Convention d’armistice, signée par une délégation roumaine à Moscou le 12-13 septembre 1944, avec la Commission Alliée (Soviétique) de Contrôle. Cette action, déployée en parallèle avec l’accaparation du pouvoir en Etat par le PCR, fessait partie du plan général de soviétisation de la Roumanie, dont une contribution essentiale ont eu les officiers et les diplomates soviétiques, en quasi-totalité des agents du KGB et du GRU[6].

Les gens expérimentés du Cominterne qui ont été nommés chefs des services secrets étaient pratiquement tous des agents soviétiques. Ainsi, le chef réel du SSI est devenu, à l’instar de l’occupation soviétique, Sergueï Nikonov (alias Sergueï Nicolau), communiste d’origine ruse qui pendant l’entre deux guerres dirigeait un réseau d’espionnage en Roumanie. Après le coup d’Etat du 23 août 1944, il a reçu des nouvelles charges en tant qu’officier de la Direction d’informations de l’extérieur du KGB, et en mars 1945 était nommé officiellement chef du SSI. En mars 1954 Nikonov a été transféré à la tête de la 2ème Section du Grand état majeur de l’armée (l’espionnage militaire), institution subordonnée à son similaire soviétique (le GRU)[7].

La Direction de la police de sûreté a été dirigée, depuis mars 1945, par Gheorghe Pintilie (Panteleï Bodnarenko, dit Pantiucha, d’après son vrai nom), agent soviétique d’origine ukrainienne, condamné en Roumanie pour l’espionnage pendant l’entre deux guerres. Tout aussi comme Nikonov, il était subordonné à Emil Bodnăraş, et tous recevaient des ordre de Moscou à travers Dmitri G. Fedytchkine, le premier conseiller soviétique auprès le Conseil des ministre pendant les années 1944-1947 et représentant de l’INU/KGB[8].

En 1946 Pintilie occupait aussi le poste de chef de la Section politico-administrative du Comité central du PCR, chargée avec la sûreté (à lire : la pureté idéologique) du Parti, quand, suite à l’ordre de Gheorghe Gheorghiu-Dej, il a assassiné Ştefan Foriş, l’ancien secrétaire général du Parti jusqu’en avril 1944. C’est lui aussi qui a ordonné l’assassinat de la mère de l’ancien chef du Parti[9]. En guise de récompense pour sa fidélité et sa dureté, depuis juin 1948 Pintilie este devenu membre du Comité central du Parti. Son épouse, Ana Toma, elle-même agente de l’INU/KGB, avait parmi ses charges aussi celle de le surveiller.

Une des pratiques utilisées par le KGB pour surveiller les dignitaires communistes, était donc leur encadrement avec des militantes communistes fidèles à Moscou. Nombre d’épouses des membres de la nomenklatura supérieure étaient des agentes de ce type, dirigées soit auprès de leurs époux, soit auprès d’autres hauts membres de la direction du Parti. Par exemple, Nina Nikonova, l’épouse de Sergueï Nikonov, était la secrétaire du Gheorghiu-Dej, le secrétaire général du Parti. Une autre pratique était aussi la nomination des autres agents soviétiques dans des positions-clé de l’appareil communiste. Ce qui explique que le chef de cabinet de Gheorghiu-Dej était Mihaïl Gavrilovici, et le chef de sa garde personnelle était Valerian Butchikov, tous les deux agents du KGB[10].

Un autre agent du KGB à rôle important dans la soviétisation de la Roumanie était Vladimir Mazuru, communiste ukrainien de Bessarabie qui, à coté d’Alexandru Nikolski – lui aussi agent soviétique – va être nommé adjoint de Gheorghe Pintilie, le futur chef de la Securitate[11].

Une autre institution passée sous le contrôle du Parti a été le Corps des détectives, unité du Ministère de l’intérieur composée maintenant par des cadres communistes et des anciens policiers, transformée d’une manière radicale à travers la réorganisation du 14 mars 1945. A la tête de cette unité este nommé Alexandru Nikolski. Boris Grünberg, alias Alexandr Serghueïevitch Nikolski, citoyen roumain d’origine juive, membre du Komsomol et de la Jeunesse communiste du PCR depuis 1932, était instruit par le KGB et envoyé sur le territoire de la Roumanie en vue de espionner. Arrêté et condamné, il a été libéré, tout aussi comme d’autres communistes, à la suite du coup d’Etat d’août 1944. En octobre, la même année, il est nommé commissaire de police et, depuis mars 1945, il devient le chef du Corps des détectives. En compagnie de Gheorghe Pintilie et de Vladimir Mazuru, il a dirigé la Securitate dans ses premiers années, quand il avait un rôle de premier rang dans l’organisation de celle-ci d’après les canons soviétiques et dans le déclanchement de la terreur qui la suivit[12].

Jusqu’en 1948 le Corps des détectives este impliqué dans la répression des opposants politiques du PCR et dans les actions d’infiltration des milieux hostiles du régime, en vue d’empêcher – à l’abri des troupes soviétiques d’occupation et sous l’œil vigilent du KGB et du GRU – la formation d’une opposition unie à l’instauration du communisme. Aux infiltrations dans les organisation anticommunistes on ajoute d’autres actions opératives : vérifications, filatures, arrestations et assassinats, dont une unité spécialement constituée était chargée, la Brigade mobile spéciale[13].

L’activité du Corps des détectives se superposait aux attributions du SSI et de la 2ème Section du Grand état majeur de l’Armée. C’est précisément lui qui est le noyau dur de ce qu’on va appeler plus tard la Securitate, et la preuve est donné par le transfert massif de cadres dans la nouvelle institution.

Le Ministère de l’intérieur, dirigé par Teohari Georgescu, faisait un mouvement très habile réintégrant temporairement dans la Police et dans la Sûreté la quasi-totalité des cadres et des agents licenciés par le gouvernement du général Nicolae Rădescu. En guise de remerciement, ils se sont jetés sur les opposants politiques du gouvernement Groza. Plus tard, le Parti s’est dispensé de leurs services, tout en les réservant un sort des plus cruelles. Ils étaient arrêtés, enfermés, soumis aux interrogatoires prolongés et répétés, mais non pas avant que leurs nouveaux maîtres exploitent leurs aptitudes, leurs connaissances, leur zèle. Voilà trois exemples des plus significatives : Eugen Cristescu, ancien chef du SSI jusqu’en septembre 1944, Traïan Borcescu, son adjoint, et Nicolae D. Stănescu, lui aussi chef du SSI pendant la période 1944-1945.

Pendant la période 1945-1948, la Sûreté, la Police, la Gendarmerie, le SSI et l’Armée ont été successivement asservis aux intérêts du PCR, et ils on travaillé en hâte à ses objectifs politiques : la compromission et la liquidation des adversaires politiques ; le cas de la falsification des dernières élections politiques libres, de novembre 1946, et l’épisode Tămădău, quand à la direction du Parti national paysan était mise en scène une tentative de départ pour l’Exil, étaient les plus notoires[14].

La constitution de la Securitate

Appelée officiellement la Direction générale de la sécurité du peuple, la nouvelle institution a été constituée par le décret no 221 du 30 août 1948[15]. Elle a continuée de mettre en pratique l’œuvre de soviétisation du pays commencée en 1945 sous la protection des troupes soviétiques d’occupation.

Conformément au postulat marxiste-léniniste de la lutte des classes, la Securitate a actionné en vue de l’identification et d’annihilation de toutes les personnes considérées périlleuses pour le régime. Conformément à son 2ème article, « La Direction générale de la sécurité du peuple a comme devoir la défense des conquêts démocratiques et l’assurance de la sécurité de la République populaire roumaine, contre les machinations des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. […] / 4ème art. Les seuls compétents à instrumenter les infractions qui mettent en péril le régime démocratique et la sécurité du peuple sont les officiers de la Securitate. »

En tant que police politique du régime communiste, l’organisation, les méthodes d’opération, les moyens utilisés et la politique de cadres de la Securitate étaient secrets et exempté d’un autre contrôle que celui du Parti : « 3ème art. L’organisation, l’encadrement [du personnel], la dotation, les attributions et le fonctionnement de tous les services centrales et extérieures de la Direction générale de la Sécurité du peuple, vont être réglementés à travers des décisions et des instructions intérieures du Ministère des affaires de l’intérieur. Ces décisions intérieures ne sont pas destinées à la publicité. Elles deviennent exécutives à la suite de leur inscription dans un registre spécial et à la suite de leur communication à ceux qui sont concernés. […] / 7ème art. Par dérogation aux dispositions de la Loi de la comptabilité publique, le budget de la Direction générale de la Sécurité du peuple ne sera publié que [camouflé] dans le budget du Ministère des affaires de l’intérieur, en somme globale, sans détailler les postes. »

La direction de la Securitate était dirigée par le général-lieutenant Gheorghe Pintilie, directeur général ; le général-majeur Alexandru Nikolski et le général-majeur Vladimir Mazuru, directeurs adjoints. Elle était formellement subordonnée au Ministère des affaires de l’intérieur (MAI). Ministre de l’Intérieur était Teohari Georgescu, et Marin Jianu son adjoint. Mais en pratique elle se trouvait sous le contrôle d’une équipe de conseillers soviétiques, agents du KGB et du GRU, dirigée pendant la période 1944-1948 par Dimitri G. Fedytchkine, et, ensuite, par le général Alexandr Sacharovski, entre 1949 et 1953[16]. En 1956 ce dernier a été nommé à la tête de la première direction du KGB, qui s’occupait avec l’espionnage externe, ce qui montre l’appréciation de son activité en Roumanie. Un rôle similaire à Sacharovski avait l’ambassadeur soviétique à Bucarest, Sergueï Kavtaradze, qui remplissait lui aussi certaines charges concernant l’activité des espions soviétiques en Roumanie ; il était subordonné au ministre soviétique des affaires de l’Extérieur (jusqu’en 1949 Viatcheslav Molotov, et ensuite Andreï Ianuarevitch Vychinski), qui était subordonné, à son tour, à Lavrenti Beria, le chef du KGB et vice-président du Conseil des ministres de l’URSS.

Procédant à la constitution de la Securitate, le régime communiste de Roumanie a montré qu’il est un régime idéologique, ce que revient à dire que le pouvoir est exercé par un nombre restreint de personnes qui forment le Bureau politique du Comité central du Parti, direction soutenue par les troupes soviétiques stationnées au pays, et par l’omniprésente Securitate, régime coordonné par le Comité central du PCUS à travers les commissaires et les conseillers soviétiques. La Securitate est la copie fidèle du KGB, tant en ce qui concerne les buts, l’organisation et le fonctionnement, qu’aussi en ce qui concerne les méthodes et les techniques d’opérations utilisées.

Organisation interne

La structure interne de la Securitate a reflété les charges idéologiques reçues de la part de la direction du Parti et/ou des Soviétiques, et la manière dont elle les a appliquées.

Elle contenait dix directions centrales, qui, à leur tour, étaient desservies par les sections qui s’occupaient avec : la censure de la correspondance, la filature et l’interception des discutions au téléphone, le secrétariat, le chiffre, l’évidence des cadres et les archives. En territoire, la Securitate avait 11 directions régionales, qui, à leur tour, dirigeaient des bureaux dans des différentes localités. Comme structure territoriale a été organisée aussi la Securitate de la Capitale[17].

Voila la première direction de la Securitate : le général-lieutenant Gheorghe Pintilie, directeur général ; le général-majeur Alexandru Nikolski et le général-majeur Vladimir Mazuru, directeurs adjoints ; le majeur Wilhelm Einhorn, directeur/secretaire.

En 1948 sont constituées les troupes du MAI, dont faisaient aussi partie les Troupes de la Securitate, les Troupes de frontière et les Pompiers. Le 23 janvier 1949, la Gendarmerie a été dissoute, et ses attributions étaient assumées par la Direction générale de la milice et par les Troupes de la Securitate ; ces derniers étaient constitués le 17 février 1949, par le décret no 455, en tant qu’unités propres de la Securitate. Les effectives des nouvelles unités vont croître continuellement, pour arriver en 1953 à 40 000 d’employés pour les Troupes de la milice, et à 55 000 d’employés pour les Troupes de la Securitate[18].

L’existence, pendant la période 1948-1951, d’une Direction de contre-informations des pénitenciers et de la milice, dans la structure de la Securitate, encadrée avec des officiers appelés « politiques », indique les charges que la police politique avait dans la répression, qui, pendant cette période était généralisée. De plus, la Direction politique avait comme charge d’assurer la pureté idéologique du Parti, ce qui montre que la Securitate était aussi celle qui s’occupait de l’identification des ennemis réels ou potentiels « infiltrés au parti ».

Après la consolidation du régime communiste, et la purge des institutions de l’Etat et du Parti lui-même, la Securitate devient, à travers le décret no 50 du 30 mars 1951, la Direction générale de la sécurité de l’Etat, et son nouveau appellative indique que, d’ici avant, le Parti a fini par avaler l’Etat, dont il s’identifie maintenant. A l’initiative des Soviétiques est constituée, le même an, la Direction d’informations de l’extérieur, tout aussi dans le cadre de la Securitate. Alexandr Sacharovski, le chef des conseillers soviétiques, la construisait du zéro et l’encadrait avec des officiers des autres directions de la Securitate[19]. Etant donné qu’en 1951 finit une première phase dans la répression, la Direction de contre-informations des pénitenciers et de la milice este transférée au Ministère de l’intérieur.

Au contexte des préparatifs de guerre de Staline contre l’Occident, du déclenchement de la campagne antijuive en URSS, et du « renforcement de la lutte de classe » à l’intérieur, la triplette cominterniste : Ana Pauker, Vasile Luca şi Teohari Georgescu, este éliminée de la direction du PCR par Gheorghe Gheorghiu-Dej, sous accusations de « déviationnisme », « conciliation » et de « pacte avec les ennemies ». Suite à ces actions, à travers le décret no 324 du 20 septembre 1952, la Securitate est réorganisée sous la titulature de Ministère de la sécurité de l’Etat (MSE), en tant que structure indépendante du MAI. A l’exception de quelques changements de noms de directions, de services et de sections, sa structure est restée intacte. Le même temps, après l’élimination du groupe Pauker-Luca-Georgescu, croît le contrôle direct du premier secrétaire du parti, Gheorghe Gheorghiu-Dej, sur la Securitate.

En septembre 1953, après la chute de Beria et la réorganisation du père de la Securitate, le KGB, le MSE fusionne à nouveau avec le MAI. En juillet 1956 le MAI a été restructuré dans : le Département des internes, qui englobait la Milice et le Pénitenciers, et le Département de la Securitate.

Etant donné que jusqu’en 1958 le mouvement de résistance armée a été liquidé, et la collectivisation de l’agriculture est achevée en 1962, le 30 mai 1963 le Troupes de la Securitate sont réduites aux dimensions d’une section spéciale du Ministère de l’intérieur.

A base du décret de réorganisation no 141 du 30 mars 1963, la 1ère Direction este renommée la Direction générale d’informations de l’extérieur, qui, ultérieurement, va s’appeler (jusqu’en 1978) la Direction d’informations de l’extérieur (DIE) et le Centre d’informations de l’extérieur (jusqu’en 1989)[20]. A l’occasion de cette réorganisation, la DIE est élevée au rang de direction générale, ce qui montre les charges qu’ont lui accordait pendant la période en discussion. L’unité était sous la commande de Nicolae Doïcaru, et la DIE actionnait toujours en collaboration avec les services d’espionnage soviétiques, et elle était coordonnée par celles-ci.

En août 1958, à la suite des discutions avec l’Union soviétique, les troupes soviétiques quittaient la Roumanie, mais les conseillers du KGB et du GRU y restaient. C’est seulement en 1964 que la plupart d’entre eux quittaient le pays, mais la Roumanie a accueilli un certain nombre d’entre eux même après cette période.

L’arrivée au pouvoir de Nicolae Ceauşescu, en 1965, n’a pas apporté de changement dans le but et dans les méthodes utilisées par la Securitate. Ceauşescu s’est préoccupé seulement de l’élimination des ses rivales personnels de la direction de la Securitate et du MAI, comme Alexandru Drăghici, ministre de l’Intérieur entre 1952-1965, et de ses fidèles. L’action a débuté en marquant les « abus » – en fait les crimes, la répression et la terreur, commises pendant l’époque Gheorghiu-Dej par la direction du PCR et de la Securitate – que Ceauşescu mettait, très habilement d’ailleurs, à la charge de ses concurrents personnels et des indésirables. Ainsi, le secrétaire-général du Parti de maintenant, qui avait été lui aussi un des responsables chargés à superviser les Organes de répression, a réussi tant l’élimination de ses rivales, que sa délimitation des crimes perpétrées antérieurement par le Parti et par la Securitate. Il a gagné aussi du point de vue de l’image par la réhabilitation des anciens leaders communistes tués, et spécialement Ştefan Foriş et Lucreţiu Pătrăşcanu (en 1968).

A travers le décret no 710 du 22 juillet 1967, la Securitate est appelée le Conseil de la sécurité de l’Etat, et elle continue à faire partie du Ministère de l’intérieur. Le 3 avril 1968, la Securitate devient à nouveau un organisme indépendant du MAI, contrôlé par le Bureau politique et personnellement par Ceauşescu. La mesure est prise pendant la période de libéralisation du régime communiste tchécoslovaque (le Printemps de Prague) et de la sanglante intervention soviétique qui l’a suit. Le 19 avril 1972 la Securitate revient à l’intérieur du MAI, signe que le changement a été purement conjoncturel, et les seuls modifications d’entre les deux réorganisations étaient la création, le 10 septembre 1971, du Centre d’informations et de documentation et du Centre de recherches parapsychologiques (en vue du perfectionnement des méthodes d’enquête et d’investigations)[21].

Ensuite, à travers le décret no 362 du 27 juin 1973 du Conseil d’Etat, les directions de la Securitate et ses services auxiliaires son restructurés, et la DIE devient un organisme complètement séparé de la Securitate. En 1977 s’est constitué le Centre national de transmissions chiffrés, subordonné à la DIE, ayant le rôle de desservir le ambassades de la Roumanie, la Direction d’informations militaires (qui faisait toujours partie de la Securitate) et le Comité central du PCR[22].

Les dernières modifications de substance dans la structure de la Securitate ont été opérées en 1978, à travers un décret du Conseil d’Etat. Ainsi, depuis mars 1978 la Securitate s’appelle le Département de la sécurité de l’Etat, et elle continue à faire partie du MAI. Mais au-delà du changement de la titulature, cette restructuration a été déterminée par les mouvements d’opposition de 1977, et surtout, par le passage aux américains de Ion Mihaï Papa, le directeur adjoint de la DIE, qui a trahi le communisme et Ceauşescu. La suite a été une réorganisation totale de la DIE. Les officiers roumains connus par Pacepa, qui se trouvaient dans les résidences de l’Occident, ont été alors retirés en Centrale et passés « en conservation ». Pacepa n’a pas été le premier defector des services secrets communistes roumains, car nous connaissons maintenant les noms de quelques dizaines, mais le plus proéminent.

L’importance accrue de la Securitate pour le régime, pendant cette période, este indiquée par l’élévation de son chef au rang de ministre secrétaire d’Etat, pendant qu’une partie des chefs des principales directions étaient, à leur tour, nommés ministres adjoints. D’ici avant, la Securitate a aussi la charge de coordonner l’« activité de prévention, de découverte, de neutralisation et de liquidation des actions terroristes sur le territoire de la Roumanie », et dans ce but est crée l’Unité spéciale de lutte antiterroriste dirigée, au début, par le colonel Ştefan Blaga. L’unité avait en 1989 un effectif de 795 officiers et sous-officiers[23].

Pendant les années ’80, la structure de la Securitate este restée, en général, identique à celle établie en 1978.

Le personnel de la Securitate

Les cadres hérités par la Securitate du SSI, de l’ancienne Police et d’autres institutions « bourgeoises », ont été extrêmement peu nombreuses. On chercherait toujours, en vue d’être employées, des personnes jeunes, désireux à se distinguer et sans formation préalable dans le domaine ; elles étaient recrutées exclusivement du Parti, et, pour la plupart, des milieux ouvrières. Ils étaient employés à la base de la « pureté » du dossier, mais, en certains cas, le Parti faisait quelques exceptions.

La composition sociale des cadres de la Securitate, en 1949, illustre très bien cette situation : d’un total de 3 553 personnes, 64 % d’entre eux étaient travailleurs, 28 % fonctionnaires, 2 % intellectuels, 4 % paysans et 2 % sans occupation (des « révolutionnaires de professions »).

D’après le sexe, 88 % d’entre eux étaient mâles et 12 % femelles.

D’après l’origine ethnique, 83 % étaient Roumains, 10 % Juifs, 6 % Hongrois, et les autres minorités cumulaient 1 %, chiffre qui se trouve sous le seuil de signification statistique. Du même point de vue ethnique, d’un total de 60 officiers supérieurs, 63,3 % étaient Roumains, 25 % Juifs, 5 % Hongrois, 3,3 % Ukrainiens, et le reste de 3,4 % représente le pourcentage cumulé des Tchèques et des Arméniens[24]. Il est à remarquer le chiffre très élevé des Juifs, par rapport au chiffre de la minorité dans l’ensemble de la population de la Roumanie (environ 2 %), et aussi, par rapport au chiffre de cette minorité dans l’ensemble de la population de la Roumanie, les chiffre élevé des Ukrainiens (sous 1 %).

Les chefs de la Securitate, de la Milice et de l’Armée, à coté des personnes ayant d’importantes fonctions dans l’appareil du parti et de l’Etat, étaient formés en Union soviétique. Ils composaient l’élite politique du régime, la nomenklatura, chiffrée à quelques dizaines de milliers de personnes, qui contrôlait totalement et d’une manière discrétionnaire la société, et qui avait accès à une large gamme de services et de privilèges : des revenus très élevées, des villas (datcha), des magasins spéciales etc.

Les cadres de la Securitate, de la Milice et de l’Armée étaient formés dans des institutions spéciales d’enseignement du Parti et dans les écoles militaires, constituées d’après le modèle soviétique. Les premiers cadres étaient formés en Union soviétique, et une bonne partie des autres se perfectionnait ultérieurement là bas auprès des Organes soviétiques similaires.

Les plus importantes institutions étaient l’Ecole supérieure du parti « A. Jdanov » (devenue ensuite l’Académie du parti « Ştefan Gheorghiu »), l’Académie militaire (appelée « I.V. Staline dans ses premiers années), l’Ecole d’officiers de la Securitate de Băneasa, constituée en 1948, et ses similaires d’Oradea et de Cîmpina.

En général, étant donné qu’elles étaient d’extraction prolétarienne, les cadres étaient obligés compléter leurs études aux cursus du soir. Périodiquement, les officiers étaient envoyés aux cursus « de recyclage », à partir des années ’60 à l’Ecole de perfectionnement des cadres de la Securitate de Grădiştea, à coté de Bucarest, et à Bran et Brăneşti pour les cadres de la DIE.

La programme d’enseignement avait deux cotés : la préparation militaire de spécialité, et la formation de la culture politique et de la culture générale. Par exemple, dans le dernier module d’enseignement étaient enseignées : la langue russe, l’histoire du PC(b) de l’Union soviétique, l’histoire de la République populaire roumaine, l’économie politique socialiste, le socialisme scientifique, la géographie générale, la mathématique, la physique, la chimie et la langue et la littérature roumaine.

En 1948 la Securitate comptait un nombre de 3 973 personnes. Il a augmenté progressivement pour arriver, en 1989, à 38 682 personnes, repartis de la manière suivante : 23 370 dans les Troupes de la Securitate, 6 602 dans les directions centrales et les unités spéciales, 2 426 dans le CIE (la DIE), 6 059 dans les bureaux départementales, et 225 dans les écoles de formation des cadres[25].

A partir de 1962, des gens sortis des facultés de tout le pays sont sélectionnés par le parti et préparés à devenir des officiers. Toutefois, les vielles pratiques de complètement des études continuaient, à base d’attestations et de recommandations de la direction de la Securitate ou du Parti et de l’Etat.

Après 1964, les méthodes de travail se diversifiaient et se perfectionnaient, l’accent était mis sur la conspiration et sur la prévention des actions anticommuniste, mais les actions brutales d’intimidation, de terreur et de réprimande continuaient. Ainsi, à la fin des années ’60 la manière de tenir l’évidence de l’argenture et des officiers impliqués dans cette action changeait. Par exemple, du contenu des fiches ont été exclues les rubriques concernant le domicile, le lieu de travail et les noms des officiers traitants.

Pendant les années ’70, suite à l’ordre exprès de Ceauşescu, ont été brûlés des dossiers de la nomenklatura du Parti et des membres du Parti indicateurs de la Securitate, pendant deux opérations successives appelées « la Braise » et « le Cendre ». La mesure a eu comme effet un renforcement du contrôle du Parti sur la Securitate, et la croissance de la fidélité idéologique des membres du Parti indicateurs à base d’un dossier. D’ailleurs, tous les membres du Parti avaient le devoir d’informer la Securitate et de l’aider dans toutes les circonstances, comme prévu par le Statu du parti. La seule condition, purement formelle, était l’obtention, par la Securitate, d’un avis de la part des premiers secrétaires des organisations territoriales du Parti (régionales, au début, et départementales, ensuite)[26].

Mais non pas touts les dossiers des indicateurs membres du Parti ont été brûlés. La Securitate ne demandait pas toujours l’avis de filature aux territoriales du Parti, car la police politique procédait, en pratique, à nombre d’exceptions.


[1] Ce texte représente une forme revue et actualisée d’un chapitre concernant l’histoire de la Securitate, partie intégrante d’un projet de brochure informative, jamais publiée, pour les personnes qui exerce leur droit d’accès au dossier personnel rédigé par la Securitate, écrit pendant la période où les auteurs travaillaient comme chercheurs au Conseil national pour l’étude des archives de la Securitate. En dehors des aspects présentés ici, il traite aussi sur : la manière d’actionner de la Securitate, la répression déployée par la police politique, la gamme d’opérations de l’espionnage communiste roumain et, finalement, sur la Securitate après 1989.

[2] C’est la première dénomination du Parti, qui montre qu’il n’était qu’une simple filiale du Cominterne. Pour cela, et pour ses variantes ultérieures, nous allons utiliser, pour simplification, le sigle PCR.

[3] Pour toutes les dénominations de la Sécurité soviétique, nous allons utiliser par la suite, pour simplification, le sigle KGB.

[4] Mircea Ciobanu, Convorbiri cu regele Mihai [Entretiens avec le Roi Michel], Editions Humanitas, Bucarest, 1991, passim.

[5] V. les décrets de purge de l’administration publique et d’instruction judiciaire pour les personnes coupables du désastre du pays, dans România. Viaţa politică în documente. 1945 [Roumanie : la vie politique en documents, 1945], les Archives Nationales Historiques Centrales (ANIC), Bucarest, 1994, doc. nos 2, 4, 51 et 55.

[6] Ghiţă Ionescu, Comunismul în România. 1944-1962 [Communism in Rumania], Editions Litera, Bucarest, 1994 ; passim ; Robert R. King, A History of the Romanian Party, Hoover Institution Press, Standford, 1980, passim ; Vladimir Tismăneanu, Fantoma lui Gheorghiu-Dej, Editions Univers, Bucarest, 1995, passim.

[7] Denis Deletant, Ceauşescu şi Securitatea. Constrîngere şi disidenţă în România anilor 1965-1989 [Ceauşescu and the Securitate. Coercion and Dissent in Romania, 1965-1989, C. Hurst & Co. (Publishers) Ltd., 1995], Edition Humanitas, Bucarest, 1998, p. 39.

[8] Ibidem, pp. 39-40.

[9] Ibidem, p. 41 ; Dan Cătănuş et Ioan Chiper, Cazul Ştefan Foriş [Le cas Ştefan Foriş], Editions Vremea, Bucarest, 1999.

[10] D. Deletant, op.cit., p. 40.

[11] Ibidem, p. 41.

[12] Ibidem, pp. 39-42.

[13] Ibidem, pp. 40-42 ; Marius Oprea, Naşterea Securităţii [La naissance de la Securitate], dans Analele Sighet 6 [Les Annales Sighet no 6], Bucarest, Fondation Académie Civique, 1998, pp. 271-306.

[14] Pour l’action Tămădău, voir Nicolae Carandino, Nopţi albe şi zile negre [Des nuits blancs et des jours noirs], Bucarest, Editions Eminescu, 1992, pp. 291-297 et Cartea albă a Securităţii, Vol. 1: 23 august 1944 – 30 august 1948 [Le livre blanc de la Securitate, vol no 1, le 23 août 1944-le 30 août 1948], sans lieu, sans éditeur, 1994, pp. 608-638 et les photos annexées. Cette dernière production des nouveaux services secrets roumains d’après 1989 doit être utilisée avec extrême prudence, étant donné qu’elle s’inscrit dans une tentative de réhabilitation de la Securitate.

[15] Décret no 221 pour la constitution et l’organisation de la Direction générale de la Sécurité du Peuple, dans le « Moniteur official », no 200 du 30 août 1948, pp. 7245-7246.

[16] Cf. Christopher Andrew et Oleg Gordievsky, KGB. Istoria operaţiunilor sale secrete de la Lenin la Gorbaciov [KGB: The Inside Story of its Foreign Operations from Lenin to Gorbachev, Hodder and Stoughton Ltd., 1990], Editions All, Bucarest, 1994, pp. 251-252 ; D. Deletant, op. cit., pp. 40-41; Ion Mihaï Pacepa, Cartea neagră a Securităţii [Le livre noir de la Securitate], 2ème édition revue, 1er vol. – Poliţia politică şi spionajul în România comunistă [La police politique et l’espionnage en Roumanie communiste ], Editions Omega, Bucarest, 1999, pp. 76-88.

[17] Pour toutes les organigrammes de la Securitate, et pour les noms des chefs de ses directions centrales et régionales, voir D. Deletant, op. cit., pp. 73-82, 112-114 et 345-349.

[18] Ibidem, p. 44

[19] I. M. Pacepa, op. cit., vol. 1, p. 142.

[20] Ibidem, pp. 81-82.

[21] Ibidem, p. 113.

[22] Ibidem, p. 114.

[23] Ibidem, p. 301.

[24] Marius Oprea, Banalitatea răului. O istorie a Securităţii în documente 1949-1989 [La banalité du mal : une histoire de la Securitate en documents, 1949-1989], Editions Polirom, Iaşi, 2002, pp. 65-66.

[25] D. Deletant, op. cit., pp. 79 şi 348.

[26] Voir les arrêts du Comité exécutif du Comité central du PCR de mars 1968, février 1971 et janvier 1979.

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